Drones : des objets volants mal identifiés – Libération

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Drones : des objets volants mal identifiés – Libération.

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Libération s’interroge aujourd’hui sur les implications de l’utilisation de drones civils dans le cadre d’actions militantes – ici très vraisemblablement anti-nucléaires, même si on ne connaît pas les auteurs du survol de centrales nucléaires françaises ces dernières semaines par des drones – ce qui pose évidemment de nombreuses questions sur les enjeux spatiaux  (espaces géographiques, espaces juridiques, etc.) que ces engins engendrent. L’accessibilité à des outils de cartographie ou de vision aérienne élaboré, il y a peu l’apanage de firmes spécialisées ou d’agence gouvernementale, étend considérablement la vision humaine et modifie  l’appréhension de l’espace. Dans le cas particulier de ces survols récents, le drone joue paradoxalement simplement le rôle d’une menace potentielle et théorique – à part quelques tentatives infructueuses par la Hamas, aucun drone civil n’a pour l’instant été utilisé comme arme -,  incarnée autant par son aptitude à transgresser des limites physiques et juridiques, que de voir dans un espace ou cette opération est justement proscrite. Le pouvoir de nuisance se situe donc autant dans le physique que dans le visuel, instrument de pouvoir au sens le plus strict.

Plus prosaïquement, on peut s’interroger sur le déséquilibre entre ces engins de faible autonomie et de faibles poids, menace purement hypothétique, et l’utilisation réelle de drones de combat par les agences américaines ou Tsahal. Malgré les questions équivalentes que les deux types de dispositifs posent – transgression d’un espace juridique, opération pas simplement en dehors d’un cadre légal mais en dépit de celui-ci, pouvoir symbolique plus décisif que puissance de frappe réelle – l’objet lui-même et la logistique nécessaire à son déploiement, ne sont évidemment pas comparable. La disponibilité technologique de ces appareils et les multiples « modèles » d’utilisation de vidéo-surveillance par les autorités, ont clairement inspiré des activistes, qui par exemple utilisent des drones pour surveiller la police lors de manifestations.

 Drones : des objets volants mal identifiés – Libération.

Publication of Décadrages 26-27: Drones, cartographie et images automatiséesSortie Décadrages 26-27: Drones, cartographie et images automatisées

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J’ai le grand plaisir de vous annoncer la sortie du dernier numéro de la revue Décadrages. Cinéma, à travers champs, intitulé « Drones, cartographie et images automatisées ».

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Son vernissage aura lieu à l’espace 186f Kepler (ancien-nement galerie 1m3) à Lausanne le 27 octobre 2014 à 19h, et sera suivi de la projection de Erkennen und Verfolgen d’Harun Farocki (D, 2003, 58′) à 20h.

Vous trouverez ici un document contenant l’éditorial et le sommaire, et plus d’infor-mations sur la page Facebook de la revue ou sur décadrages.ch.

The automated rifleLe fusil automatisé

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Reportage de Motherboard sur un nouveau type de fusil automatisé, couplé à une multitude de capteurs (laser, température, humidité. etc.), qui permet à un tireur débutant de toucher une cible à 1km de distance sans trop de difficultés; une fois une cible définie, le tir est automatique, sa trajectoire calculée et corrigée par l’ordinateur de l’engin. Indépendamment de la multitude de questions éthiques et juridiques que cela pose, il est intéressant de constater que les concepteurs ont conçu l’arme pour un public cible de digital natives, génération nourrie au jeux vidéo. Il est donc non seulement possible d’exporter les vidéos ou de poster ses exploits sur internet (sic), mais il existe également des jeux vidéo permettant de se familiariser avec le fusil, dont l’interface emprunte clairement à ce type de technologie de divertissement. Alors que les technologies civiles empruntent souvent à l’économie militaire (voir à ce propos le film de Harun Farocki, War at Distance, 2003), la tendance semble aujourd’hui s’inverser dans certains domaines. Le système de surveillance vidéo ARGUS-IS de l’US Air Force, par exemple, combine 368 puces de téléphones portables, afin de gérer le flux vidéo continu qu’il enregistre.

https://www.youtube.com/watch?v=YBC8IFWC1P0

Drones, automated weapons and the TerminatorDrones, armement automatisé et Terminator

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Le débat sur l’acquisition d’avions de combat Gripen aura quelque-peu éclipsé la discussion sur l’achat projeté par l’armée suisse de drones de surveillance. Suite à un appel d’offre, deux entreprises israéliennes – pays leader mondial de ces technologies – ont été retenues, ce qui n’est bien sûr pas sans poser un problème éthique. Alors que la Suisse n’exporte pas d’armement vers Israël, à cause de sa politique dans les territoires occupés, rien ne semble s’opposer à l’achat d’armes testées dans la bande de Gaza. Voir à ce propos le récent Temps présent sur la RTS: Bientôt un tueur dans le ciel suisse ?

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Image prise avec un drone Ranger suisse, mis en service en 2001 (images RTS)

Lors d’une convention sur l’armement à l’ONU réunissant experts, élus de 87 pays et ONG, la question éthique concernant l’utilisation d’armes létales automatiques a été discutée, répondant notamment aux appels d’interdiction de ces systèmes (ou un moratoire sur leur utilisation). Alors qu’une poignée de pays demande une interdiction (notamment le Pakistan), la majorité mettent en avant le souhait d’un contrôle humain « approprié » (USA) ou « significatif » (France, Allemagne, UK), alors qu’une minorité estime qu’ils sont « souhaitables » (Israël). Mais concrètement, aucune mesure n’a été prise.

Plus d’informations sur bbc.co.uk et auprès des organisations qui souhaitent les interdire: Campagne Stop Killer Drones et Human Rights Watch.  

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Terminator Salvation (McG, 2009, Paramount/Warner Bros)

Dans un autre registre, on notera au passage l’iconographie utilisée par les médias pour donner corps à ces armes automatisées dans le cadre de la couverture de ces discussions à l’ONU, renvoyant plutôt au cinéma de science-fiction qu’à la réalité. Alors que des drones américains tuent aujourd’hui de manière quasi-automatisée (il y a toujours un pilote au commande, mais les cibles sont souvent calculées par des algorithmes sur des bases statistiques et de regroupement d’informations, et sont donc définies par des machines), l’imaginaire du « robot-tueur » possède presque systématiquement une forme humanoïde, le Terminator de James Cameron constituant l’exemple paradigmatique de cette technologie autonome (voir par exemple bigbrowser.blog.lemonde.frle matin.ch, canoe.ca, etc.

Le cinéma donne par ailleurs des clés de lecture intéressantes pour retracer l’évolution des discours sur ces technologies. Dans le Robocop de Paul Verhoeven (1987), la création du policier robotisé à partir du corps mutilé de l’officier Alex Murphy, découle du mauvais fonctionnement des machines entièrement automatisées. En somme, le cerveau  reste supérieur aux ordinateurs, on se situe encore en plein paradigme post-humain – la machine permet l’amélioration de l’humain. Dans le Robocop de José Padhila (2014), le contexte est très différent: les machines autonomes sont parfaitement fonctionnelles et sont utilisées partout dans le monde pour épargner la vie des soldats. Ces robots-soldats « sécurisent » par ailleurs Téhéran, ennemi historique des Etats-Unis. Ils sont toutefois interdits en Amérique, l’opinion publique (et un lobby anti-machine) refusant leur utilisation sur son sol. La création de Robocop n’est ici plus liée à des défaillances technologiques, mais à une stratégie marketing, visant à influencer les électeurs: en faisant du policier un héros robotisé, l’entreprise OmniCorP convainc le sénat d’autoriser l’utilisation de policiers-robots entièrement autonomes.

Le discours de légitimation, qui transparaît dans le film à travers la discussion télévisuelle menée par un présentateur pro-drone (on croirait entendre Fox News…), transparaît également dans la terminologie utilisée: le film se termine par une tirade du présentateur qui quitte l’univers diégétique pour commenter le présent: « A ceux d’entre vous qui pensent que l’utilisation de drones à l’étranger, nous fait ressembler aux impérialistes belliqueux que nos pères fondateurs essayaient de fuir,  je dis: Arrêtez un peu de pleurnicher! L’Amérique est aujourd’hui –  et le restera toujours – la plus grande nation de monde. Je suis Pat Novak. Bonsoir. » 

 

Phantom Eye, le fantasme panoptiquePhantom Eye, le fantasme panoptique

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Boeing – Erstflug der Phantom Eye – Video.Golem.de.

Comme le mentionne notamment Grégoire Chamayou dans Théorie du drone (Paris, La Fabrique, 2013), la terminologie utilisée dans la nomination des drones militaires en dit long sur leur utilisation et la rhétorique dans laquelle ils s’inscrivent : le Reaper (La Faucheuse) ou le Predator (le prédateur) re-masculinise une arme qui soustrait son utilisateur à tout danger potentiel (car contrôlée à distance) et le Phantom Eye, drone de surveillance actuellement en court de développement chez Boeing, traduit bien le fantasme panoptique de l’US Airforce ou de la NSA. L’analyse discursive permet donc déjà, dans une première approche « superficielle », de comprendre et assigner des discours et des valeurs à ces dispositifs, sans même analyser en détail la manière de laquelle ils sont légitimés au sein des forces armées américaines. La terminologie du système Gorgon Stare (« le regard pétrifiant de la gorgone Méduse »), système vidéo automatisé à 12 caméras couplé à un drone, traduit presque naïvement le sentiment d’omnipotence qui aspire – physiquement comme dans une perspective de propagande – à impressionner des ennemis potentiels.

Source: http://www.wired.com/dangerroom/2009/02/gorgon-stare/