Drones, automated weapons and the TerminatorDrones, armement automatisé et Terminator

By CG / On

Le débat sur l’acquisition d’avions de combat Gripen aura quelque-peu éclipsé la discussion sur l’achat projeté par l’armée suisse de drones de surveillance. Suite à un appel d’offre, deux entreprises israéliennes – pays leader mondial de ces technologies – ont été retenues, ce qui n’est bien sûr pas sans poser un problème éthique. Alors que la Suisse n’exporte pas d’armement vers Israël, à cause de sa politique dans les territoires occupés, rien ne semble s’opposer à l’achat d’armes testées dans la bande de Gaza. Voir à ce propos le récent Temps présent sur la RTS: Bientôt un tueur dans le ciel suisse ?

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Image prise avec un drone Ranger suisse, mis en service en 2001 (images RTS)

Lors d’une convention sur l’armement à l’ONU réunissant experts, élus de 87 pays et ONG, la question éthique concernant l’utilisation d’armes létales automatiques a été discutée, répondant notamment aux appels d’interdiction de ces systèmes (ou un moratoire sur leur utilisation). Alors qu’une poignée de pays demande une interdiction (notamment le Pakistan), la majorité mettent en avant le souhait d’un contrôle humain « approprié » (USA) ou « significatif » (France, Allemagne, UK), alors qu’une minorité estime qu’ils sont « souhaitables » (Israël). Mais concrètement, aucune mesure n’a été prise.

Plus d’informations sur bbc.co.uk et auprès des organisations qui souhaitent les interdire: Campagne Stop Killer Drones et Human Rights Watch.  

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Terminator Salvation (McG, 2009, Paramount/Warner Bros)

Dans un autre registre, on notera au passage l’iconographie utilisée par les médias pour donner corps à ces armes automatisées dans le cadre de la couverture de ces discussions à l’ONU, renvoyant plutôt au cinéma de science-fiction qu’à la réalité. Alors que des drones américains tuent aujourd’hui de manière quasi-automatisée (il y a toujours un pilote au commande, mais les cibles sont souvent calculées par des algorithmes sur des bases statistiques et de regroupement d’informations, et sont donc définies par des machines), l’imaginaire du « robot-tueur » possède presque systématiquement une forme humanoïde, le Terminator de James Cameron constituant l’exemple paradigmatique de cette technologie autonome (voir par exemple bigbrowser.blog.lemonde.frle matin.ch, canoe.ca, etc.

Le cinéma donne par ailleurs des clés de lecture intéressantes pour retracer l’évolution des discours sur ces technologies. Dans le Robocop de Paul Verhoeven (1987), la création du policier robotisé à partir du corps mutilé de l’officier Alex Murphy, découle du mauvais fonctionnement des machines entièrement automatisées. En somme, le cerveau  reste supérieur aux ordinateurs, on se situe encore en plein paradigme post-humain – la machine permet l’amélioration de l’humain. Dans le Robocop de José Padhila (2014), le contexte est très différent: les machines autonomes sont parfaitement fonctionnelles et sont utilisées partout dans le monde pour épargner la vie des soldats. Ces robots-soldats « sécurisent » par ailleurs Téhéran, ennemi historique des Etats-Unis. Ils sont toutefois interdits en Amérique, l’opinion publique (et un lobby anti-machine) refusant leur utilisation sur son sol. La création de Robocop n’est ici plus liée à des défaillances technologiques, mais à une stratégie marketing, visant à influencer les électeurs: en faisant du policier un héros robotisé, l’entreprise OmniCorP convainc le sénat d’autoriser l’utilisation de policiers-robots entièrement autonomes.

Le discours de légitimation, qui transparaît dans le film à travers la discussion télévisuelle menée par un présentateur pro-drone (on croirait entendre Fox News…), transparaît également dans la terminologie utilisée: le film se termine par une tirade du présentateur qui quitte l’univers diégétique pour commenter le présent: « A ceux d’entre vous qui pensent que l’utilisation de drones à l’étranger, nous fait ressembler aux impérialistes belliqueux que nos pères fondateurs essayaient de fuir,  je dis: Arrêtez un peu de pleurnicher! L’Amérique est aujourd’hui –  et le restera toujours – la plus grande nation de monde. Je suis Pat Novak. Bonsoir. »